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Manifestation Vottem – camp de la honte

Dimanche 10 mars 2019. Ça fait 20 ans que le crapuleux centre fermé de Vottem a été inauguré, 20 ans que les premières personnes sans titre de séjour en Belgique y ont été emprisonnées. À l’initiative du CRACPE, fondé en 1997 suite à l’annonce de la construction du centre, une manifestation a rassemblé un millier de personnes pour marcher de la place Saint-Lambert (Liège) jusqu’à Vottem. Et crier leur dégout de cette prison qui ne dit pas son nom.

Photo © Sarah Freres

Prise de parole de Thierry Müller, pour Migrations Libres

Il s’agit du communiqué de presse envoyé le 8 mai 1998 à 4h du matin par des militant·e·s du Collectif contre les Expulsions (CCLE) qui s’étaient barricadé·e·s à l’intérieur du chantier de construction du centre de Vottem afin d’en bloquer les travaux et de les dénoncer.

Pour les faire sortir de là où ils et elles étaient·e·s, la police à du démonter… un mur. Il y eut ce jour-là une grosse cinquantaine d’arrestations administratives.

Hommage donc aux premier·e·s résistant·e·s contre ce centre fermé qui nous fout la honte, à nous Liégeois·e·s Ville Hospitalière.

Hommage aussi au CRACPE qui poursuit cette résistance… 20 ans plus tard. Hommage à la Voix des Sans-Papiers qui regroupe des “sans papiers”, solidaires et téméraires, qui osent la résistance dans des conditions souvent périlleuses.

Communiqué de presse donc, du 8 mai 1998 :

“Le futur centre fermé pour candidats réfugiés est occupé depuis ce 8 mai à 4 heures. Ne pas avoir les bons papiers en poche n’est pas un crime. Refouler, enfermer et déporter des êtres humains parce qu’ils n’en n’ont pas : oui ! Voilà pourquoi, ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens « conscients et responsables » comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l’extérieur par des centaines d’autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l’Office des étrangers qui entreront prochainement en service ici, à Vottem. Juste retour des choses pour ce qu’il est convenu d’appeler “centre fermé pour illégaux”.

Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur solidarité avec tous leurs frères humains auxquels le système politique et économique dénie le droit de vivre dignement. Nous voulons réaffirmer notre refus inconditionnel et non-négociable d’une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers (le ministre de l’intérieur a cité le chiffre de 15.000 expulsions par an !) d’êtres humains dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers en règle et d’être, pour les États qui les accueillent, aussi indésirables qu’inutiles et inexploitables.

Camp qui ne veut pas avouer son nom, cette résidence tout confort, conviviale et qui veille à “l’épanouissement personnel” – dixit le futur directeur – de ses occupants malgré eux, représente tant par les méthodes utilisées (enfermement, cachots, camisole de force, menottes, rapatriements brutaux …) que par les principes qu’il sous-tend, une atteinte inacceptable à la dignité humaine et aux droits fondamentaux et imprescriptibles de chaque être humain, indépendamment de sa couleur, de son origine, de sa nationalité ou de toute autre forme de différence. Voilà pourquoi nous refusons de nous taire et de laisser faire.

N’acceptons pas aujourd’hui ce que nous dénonçons pour hier. A l’heure où l’on s’apprête à commémorer les cinquante ans des Droits de l’Homme, à l’heure où on honore la mémoire des millions de victimes de l’holocauste, il est essentiel de rappeler que l’institutionnalisation de l’exclusion sociale, politique et économique, la généralisation et la banalisation de mesures discriminatoires, le recul sans cesse croissant des limites éthique, sont les fondements même de tout totalitarisme.

Face à la dictature de la réalité économique, chaque intervention, chaque acte, individuel ou collectif, de réappropriation de l’espace de liberté est une victoire de la vie sur la mort.

Le texte sur le site du CCLE.

Intervention de Thierry Müller – porte parole de Migrations Libres

En fond sonore, des manifestant·e·s frappent la lourde porte métallique du centre fermé. Derrière, une vingtaine de policiers. Derrière eux, derrière d’autres barrières et grillages, on entend les détenus crier et appeler à leur libération.


Dans la presse

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