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Inauguré en 1999 et situé à 3 km du centre de Liège, le “Centre pour illégaux” de Vottem, selon les termes de l’État oppressif, est le seul centre fermé de Wallonie. En moyenne, 1125 personnes y sont emprisonnées chaque année en vue de leur expulsion. La raison ? Elles n’ont simplement pas ou plus de titre de séjour en Belgique.

Les détenus de Vottem n’ont commis aucun délit

Pour la simple raison qu’ils ne possèdent pas ou plus de titre de séjour en Belgique, ils sont détenus en vue d’être expulsés du territoire.

Ces personnes n’ont commis aucun fait délictueux ou criminel. Elles n’en sont même pas soupçonnées. Elles ne sont pas enfermées suite à une décision judiciaire, mais suite à une simple décision administrative prise par un fonctionnaire de l’Office des étrangers1.

Après avoir fui la misère, les maladies non curables, les guerres, les dictatures et les persécutions, les effets catastrophiques d’un dérèglement climatique mondial, et un exil souvent très éprouvant, ils demandent protection ou sont simplement venus pour tenter de se construire ici un avenir, pour eux et pour leur famille. En les enfermant, la Belgique leur impose de nouveaux processus de violences physiques et psychologiques.

Les centres fermés sont des prisons

Être détenu·e en centre fermé, c’est être privé de liberté dans une infrastructure carcérale faite de grilles, de murs d’enceintes, de portes cadenassées et de barreaux aux fenêtres. C’est être soumis à des règles strictes et une surveillance constante. C’est être humilié et infantilisé par des matons. C’est subir des fouilles, avoir un accès très limité à l’air libre. C’est disposer d’accès très restreints à la justice et aux soins. C’est également risquer la cellule d’isolement, prison dans la prison.

L’une des ailes du centre s’est vue transformée en “zone sécurisée” pour les personnes considérées comme problématiques par l’Office des étrangers. Dans cette zone, les personnes sont enfermées seules dans leur cellule 21h par jour2. Sur la seule année 2017, 489 mesures d’isolement ont été appliquées (tous motifs confondus).

Entre 2015 et 2017, 140 grèves de la faim de plus de 48h ont été déclarées dans le centre fermé de Vottem3.

Dénoncée par de nombreuses associations, cette reproduction des conditions de détention carcérales a été également reconnue par une délégation de représentant·e·s des six principaux partis politiques francophones4.

Par ailleurs, la gestion des centres fermés est marquée par une quasi absence de contrôle. À la fois sur les décisions prises par l’Office des étrangers, “transformant son pouvoir discrétionnaire en pouvoir arbitraire”, et sur les conditions de détention5.

Il n’y a pas de crise migratoire en Europe, mais une crise de l’accueil

86% des personnes accédant au statut de réfugié vivent dans des pays “en développement”, en dehors de l’Union Européenne. En 2015, seuls 6% des réfugiés mondiaux se trouvaient en Europe.

L’absurdité sécuritaire

À l’instar des cinq autres centres fermés de Belgique, le centre de Vottem n’a aucune utilité. Par contre, la menace de la détention produit toujours plus de précarité et alimente les réseaux de travail clandestins. Les centres fermés produisent le non-droit.

Comme le montre le philosophe Mathieu Bietlot, les uniques fonctions que les centres fermés remplissent sont “d’ordre symbolique, idéologique ou spectaculaire” : ils renforcent toujours plus le rapprochement xénophobe entre migration et criminalité, et permettent aux dirigeants de faire croire que des mesures drastiques seraient prises face à ce qu’ils considèrent (à tort, inutile de le souligner) comme un “problème”6.

Pourtant, le budget global alloué aux expulsions est “le seul budget qui ne connaît pas la crise”, pour reprendre les mots de François de Smet, directeur du centre fédéral Migration Myria7. Entre 2014 et 2017, sous le gouvernement Michel, ce budget a augmenté de 35%, passant de 63 à 85 millions d’euros. Depuis, ce même gouvernement a recommencé à enfermer des enfants et a planifié la construction de trois nouveaux centres fermés.

20 ans de lutte contre ce déni des droits humains

La machine carcérale de Vottem a été mise en marche il y a maintenant 20 ans.
20 ans de mobilisations, de sensibilisation, de manifestations.
20 ans de lutte, également, à Liège par et avec les Sans-Papiers pour qu’ils et elles puissent être soignés, logés et régularisés.

Lutter pour la régularisation

Deux campagnes de régularisation ont eu lieu en Belgique, en 2000 et 2009. Chacune de ces opérations “one shot” était par ailleurs encadrée par une série de critères juridiques qui excluaient toujours un grand nombre de personnes de l’obtention de titres de séjour8.

La campagne de régularisation des sans-papiers du 22 décembre 2000 s’est réalisée à la suite à la fois d’un énorme mouvement national, mais aussi du décès tragique de Semira Adamu, étouffée par deux policiers belges en septembre 1998 lors d’une tentative d’expulsion du territoire. La campagne de 2009, quant à elle, a fait suite à une importante mobilisation des Sans-papiers, et d’un soutien politique à leur cause9.

Mettre ces contextes en lumière, c’est rappeler que lutter n’est pas inutile : nous devons exiger une campagne de régularisation collective et inconditionnelle des Sans-papiers. Nous pouvons l’obtenir.

Comment agir ?


Dernières tragédies de Vottem

  • 9 octobre 2018
    Monsieur Gebre Mariam, réfugié d’origine érythréenne se suicide. Il avait obtenu l’asile en Bulgarie, où il avait été victime de violences racistes, menacé à coups de hache. Alors que son avocat avait prévenu l’Office des étrangers de la situation, l’administration a confirmé son expulsion10.
  • 2 mars 2017
    Un homme décède en cellule d’isolement alors qu’il aurait du être pris en charge médicalement et transféré dans un hôpital la veille de sa mort11.
  • 19 décembre 2015
    Un homme d’une cinquantaine d’années se suicide par pendaison dans sa douche, sa deuxième tentative de rapatriement était prévue pour le lendemain12.

Pour en savoir plus

Le CRACPE – Collectif de Résistance Aux Centres Pour Etrangers est né en 1997 de la volonté de s’opposer à l’ouverture du centre fermé de Vottem. Le collectif manifeste tous les samedis devant le centre fermé.
Les centres fermés et les rapatriements forcés sont la négation des droits humains les plus élémentaires. Ils portent en eux les germes de la violence et de la mort.
Site : www.cracpe.domainepublic.net
Sur Facebook

Getting the Voice Out
Site de témoignages de personnes détenues en centre fermé et d’infos sur le sujet.
Site : www.gettingthevoiceout.org/

LE CRER – Collectif contre les Raffles, les Expulsions et pour la Régularisation
Site : regularisation.canalblog.com/
Sur Facebook

Global Detention Project – Organisation à but non lucratif basée à Genève qui défend les droits humains des personnes détenues pour des raisons liées à leur statut de non-citoyen.
Site : www.globaldetentionproject.org/countries/europe/belgium


Notes

  1. CIRE, Les centres fermés pour étrangers: un mécanisme hors de contrôle, 2017.
  2. CIRE, Centres fermés pour étrangers : état des lieux, 2016, p. 17.
  3. Rapport annuel 2007 – CI Vottem
  4. CIRE, Des élus visitent le centre fermé de Vottem, 2017.
  5. CIRE, Les centres fermés pour étrangers : un mécanisme hors de contrôle, 2017.
  6. Mathieu Bietlot, “Du disciplinaire au sécuritaire. De la prison au centre fermé”, Multitudes 2003/1 (n°11), p. 57-66.
  7. Le Vif, Expulsions: le budget a augmenté de 35% depuis 2014, 9 novembre 2017.
  8. Marie Godin et Andrea Rea, “La campagne de régularisation de 2000 en Belgique : une analyse genrée”, Migrations Société 2010/3-4 (n° 129-130), p. 75-90.
  9. Pour approfondir : Marco Martiniello et Andrea Rea, Une brève histoire de l’immigration en Belgique, Fédération Wallonie-Bruxelles, 2012, p. 31.
  10. Source : Getting the Voice Out
  11. Source : Rtbf
  12. Source : Rtbf
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