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Action Refugees Welcome

Communiqué de presse

Ce mercredi 13 mars en matinée, dans le cadre du 20e anniversaire du Centre Fermé de Vottem, Migrations Libres a mené une action surprise, de sensibilisation et de mise en visibilité des problématiques vécues sur notre territoire par les personnes migrantes ou sans papier.

Beaucoup a déjà été dit et écrit sur le cynisme, l’inhumanité et l’hypocrisie qui caractérisent des camps comme ceux de Vottem, camps dont nous sommes nombreux et nombreuses à Liège à désirer la disparition la plus rapide possible.

Mais nous voudrions, en tant que collectif Migrations Libres, attirer l’attention sur trois points qui nous semblent importants et qui ne sont pas souvent abordés.

1. À l’intérieur de ces murs se font mépriser et humilier des êtres humains dont nous avons appris à découvrir la diversité, la fragilité et la force, des êtres humains que nous avons appris à écouter et à aimer, des êtres humains qui se font maltraiter, humilier et expulser de force, des êtres humains qui sur la planète terre, avec un courage hors du commun, qui mérite juste notre respect, ont décidé de migrer vers d’autres cieux que ceux qui les ont vu naître. Et bien pendant que ces gens sont mis en souffrance, incarcérés ou harcelés, accusés stupidement de semer le trouble dans nos systèmes de protection sociale, pendant ce temps circulent librement des mouvements de capitaux spéculatifs générant sur toute la planète misère, guerre, dérèglement climatique, maladies rendues incurables du fait même de firmes pharmaceutiques par exemple, rongées par le seul appât du gain.

Pendant que des humains, inoffensifs, tout comme leurs familles, leurs communautés, leurs villages ou quartiers urbains, d’Afrique ou d’Asie, subissent le pire, ici dans ces centres comme là-bas d’où ils viennent, des multinationales font les choux gras d’une élite mondiale rendue obèse de richesses et de titres de propriétés. Une élite qui “pète de thunes”.

Nous vivons sous le régime de la libre circulation, pour les riches et les puissants, pour la spéculation, la fraude, le blanchiment, le régime de la liberté d’action pour la capture violente, meurtrière s’il le faut, des terres, de ses ressources minières, de l’eau qui la régénère. Nous vivons sous le régime de la libre circulation pour ceux qui nous gouvernent et pour tous ceux dont ils servent les intérêts. Liberté de déplacements pour eux, partout sur le globe, en jet, en hélico ou en yacht, et centres de rétention pour les autres.

2. Le capitalisme, le capitalisme totalitaire, génère partout la mort, la maladie et la souffrance. Notre lutte alors doit être menée pour assurer enfin dignité et bonheur de vivre à tous ceux et toutes celles qui, de loin, arrivent en nos contrées. Nous devons imposer pour eux une régularisation massive, la suppression de la dublinisation, la mise hors service des prisons pour étrangers, l’accès aux soins de santé, à la justice, au logement, à la culture, aux sports. Lutter également contre toute forme de racisme d’État. Mais nous devons mener aussi une lutte commune que nous devons définir et mener ensemble, pour qu’on cesse de nous diviser entre nationaux précarisés et main d’œuvre étrangère, d’autant plus corvéable qu’on lui dénie tout droit salarial.

Les migrants, les sans papier, et nous-mêmes, sommes victimes d’un même régime économico-politique d’exploitation, avec des intensités bien sûr très différentes qu’il ne s’agit pas de nier. Un membre de Migrations Libres peut, précairement certes, mais il peut héberger Hamza, Hamza ne peut pas l’héberger, car lui n’a ni toit ni argent. Mais il n’en demeure pas moins que nous devons aussi penser, construire et mener ici même une lutte commune pour notre émancipation commune par rapport à un régime qui nous exploite communément, un régime qui nous dénie à tous et toutes nos droits essentiels, notamment celui de déterminer quelle économie nous désirons. Un régime qui joue de nos divisions et de notre mise en concurrence sur le marché du travail et en matière de droit social.

3. Bien sûr, notre lutte doit être tournée contre nos gouvernements pour que ceux qui migrent soient reçus comme il se doit et comme nous pourrions les recevoir sans aucun problème. Chaque année en Belgique 160 milliards partent dans les seules poches de ceux qui nous exploitent et des milliards s’évadent eux tranquillement vers des cieux accueillants. Sous les bons conseils de sociétés internationales d’audit comme celle située juste en face du centre fermé de Vottem, paisiblement installée, bénéficiant de subventions publiques multiples dont personne ne profite si ce n’est une poignée de fortunés et de larbins, experts en détournement fiscal et en licenciements massifs.
Il y a dans notre pays de quoi tirer largement vers le haut les conditions de vie quotidienne de chacun et de chacune, des migrants comme des précaires d’ici, sans aucun péril pour l’économie nationale, et il y a en même temps de quoi annuler la dette du tiers-monde qui maintient l’essentiel du globe la tête sous l’eau.

Bien sûr donc, nous devons nous battre contre nos gouvernants pour que cesse le pillage des pays du Sud et que des possibilités de vie agréable pour tous et toutes y soient enfin réalisées. Car ceci réduirait considérablement, et c’est urgent, les causes d’une migration contrainte.

Mais nous voudrions dire qu’à Migrations Libres, la migration n’est pas vue QUE comme un problème mais aussi comme une formidable opportunité humaine. La rencontre avec les migrants et les migrantes fut et est encore aujourd’hui une rencontre qui nous fait grandir nous-mêmes, qui nous enrichit, qui nous oblige à bouger, à nous remettre en question, à interroger nos valeurs, nos certitudes, nos propres croyances, de blancs, d’occidentaux. Ces rencontres imprévisibles mais bienvenues nous forcent à nous rendre humbles et apprenants. Et ça, c’est la grande leçon pour nous de la migration. Il faut que celle-ci soit rendue librement possible, inconditionnellement encouragée, il faut libérer les migrations parce qu’elles sont et ont toujours constitué des leviers d’émancipation d’une grande puissance tant pour le migrant que pour celui qui sait le recevoir et qui sait le rencontrer avec respect et curiosité. Ce sont les migrations qui construisent l’humanité et qui la font grandir.

Alors merci à eux, Hamza, Bachir, Redha, Mohamed, Brahim, Aymen, Moussa, Adamu, Ayoub, Selemon. Merci pour le respect et la franchise qu’ils nous offrent. Merci et bienvenue, à eux et à tous ceux et celles que nous gouvernants et leur administration ont enfermé là, dans cette enceinte carcérale appelée centre fermé, merci à eux, sans papier, que nous voulons LIBRES.

Migrations Libres.

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